15 novembre 2011

Dessiner

(réflexion liée à la note précédente)

Dessiner, c'est dans la tête. C'est la tête qui commande, qui a une vision d'ensemble, c'est la tête qui voit si ça va, qui décide s'il faut jeter. Tout est dans la tête. Et la tête transmet à la main, et la main exécute. Parfois il y a un décalage. Un petit décalage, c'est l'"accident heureux", le petit truc inattendu qu'il faut savoir prendre en compte, sur lequel on peut rebondir pour partir dans une autre direction (ou pas). Trop de décalage, c'est frustrant ; il faut parfois jeter. Tout est une question d'équilibre.

Le footing, c'est laisser libre cours à cela. C'est avoir une petit idée dans la tête, oh, pas grand-chose, un petit fil directeur, une idée graphique. Qui peut tenir à un caractère (moche, rieur) ou à une astuce graphique (hachuré, assombri). Et il faut ensuite se laisser aller. Le premier trait peut ne pas correspondre du tout à ce qu'on attendait, tant pis, il faut continuer. Voir comment en tirer parti, voir comment s'approprier ce qui sort, rebondir dessus pour obtenir quelque chose, on ne sait pas toujours quoi, mais au moins ça sera là. On peut comme ça passer 2 minutes sur un dessin si vraiment c'est trop nul, ou une heure s'il se passe un truc (mais on ne peut pas savoir à l'avance) (et on peut passer une heure sur un truc pour se rendre compte que finalement, c'est de la merde, et que le petit machin de 2 minutes est vraiment mieux). C'est du jazz. De l'improvisation.

Le footing, c'est enlever un peu de cerveau et laisser la main dessiner. Parce que les surprises, les inattendus, viennent de la main, et pas de la tête, qui conçoit, qui prévoit, qui rationalise. La main ne pense pas (n'en déplaise à Heidegger/Derrida) (oui, bon, ça va). Elle fait, la main. Il faut un peu de tête quand même, pour arriver à quelque chose qui ait du sens, mais pas trop. Ne pas se laisser envahir par le cerveau (alors que j'ai un dessin très maîtrisé, très contrôlé, ce n'est pas évident).

Dans la question du dessin de science fiction avec tout ce que ça sous-entend (extraterrestres, vaisseaux, faune et flore, univers, costumes...) la difficulté vient justement de cette scission. La tête conceptualise ce qu'est l'extraterrestre, la main essaye de restituer ce concept sur le papier (quand je dis concept, c'est à la fois une idée très générale et un début d'envie graphique, encore très floues). Mais un concept ne se dessine pas, et souvent (comme c'est le cas pour moi pour l'instant) la main fait ce qu'elle sait faire : elle retombe dans ses tics, ses automatismes, parce que c'est rassurant, et puis il y a les habitudes, c'est dur de s'en débarasser. Et du coup, ce n'est plus inventif. Elle dessine ce qu'elle sait dessiner.

J'en suis là pour l'instant de mes recherches en dessin. Je ne fais rien qui me surprenne. Je dessine des petits monstres, ils sont mignons, mais il sont très en deçà de ce que j'aimerais faire. Très en deçà de fameux concept flou que j'ai en tête. Et pour ça, à mon avis, il n'y a pas de secret. Il faut continuer à dessiner, il faut se nourrir, regarder des images, regarder des images, regarder des images, peut-être les recopier, pour après avoir cette base dans les mains et en repartir. Il faut faire des croquis, parce que ça oblige à sortir de ses tics de dessin (la tête n'a plus du tout à penser, il suffit à la main de se connecter à l'œil).

Il va peut-être falloir que je m'y mette.

Posté par Sorwell à 18:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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